Friday, August 22, 2014

Numéro spécial été : MACBA ou les vertiges de l'anonymat ( + un NBD à MACBA en cadeau !)

Dans un souci de faire face au déclin de la presse écrite, la rédaction de La Lodge a décidé de sortir un numéro spécial été pour plaire à la ménagère de moins de 50 ans avide d'exotisme. Dans ce numéro, destination de choix, de rêve, de fiesta, c'est à Barcelone que nous avons envoyé notre reporter sans frontières. Capitale mondiale du skate où les crews des quatre coins du globe se retrouvent, Barcelone est aussi connue comme la ville qui permet l'accès à la célébrité instantanée pour le skater lambda qui peut se mesurer à ses pros préférés en s'attaquant aux mêmes spots qu'eux. 

Exemple des ravages de la course à la skate-glory

C'est donc dans cette optique que nous avons catapulté notre envoyé spécial en stage techitude à MACBA. Au cours d'une enquête digne de Capital nous allons vous révéler comment l'Espagne, un pays pourtant noble qui sait rafraîchir ses habitants à bas prix, maintient son peuple dans la dépression et le confine à l'anonymat skateboardistique le plus cruel.

Notre envoyé spécial a su se fondre dans le décor
Les sessions de notre envoyé spécial à MACBA ont révélé un monde sans pitié où aucun ne peut échapper au gouffre de l'anonymat. Fort de ses sessions sur son spot local où son benihana par dessus la fun-box centrale fait mouche à chaque fois, notre reporter s'est heurté à un monde sans pitié où il semble que l'unique trick de flat autorisé soit le 3-6 flip. Ce trick est à rentrer obligatoirement de manière autoritaire et gare à celui qui affichera une mine réjouie de sa prouesse. Non, chers lecteurs, le 3-6 flip à MACBA se replaque en soufflant d'insatisfaction face à l'évidente imperfection de son trick poppé à 50 cm de haut et recatché avant même la phase descendante. Une expérience douloureuse pour notre courageux reporter pour qui la coutume était jusque-là de replaquer ses 3-6 flips en hang ten.

Découpe de la replaque d'un 3-6 flip de notre envoyé spécial, 
devenu la cible de quolibets le temps d'une session
La confrontation avec les locaux fut une rude épreuve également. Le skateur catalan arbore par nature un air patibulaire lié à son aversion pour l'envahissement progressif, mais certain, de ses spots. Sa meilleure façon de vous le faire savoir sera de faire le trick que vous venez de faire, mais plus long, plus rapide, avec un flip in, un flip out, le tout en vous regardant dans les yeux sans ciller (et to fakie aussi). Une autre population non-négligeable sur les spots sont les techos brésiliens pour qui la pratique du skate semble être un vrai calvaire, au vu de pourcentage de tirage-de-gueule par m². Pour témoigner de leur engagement et du sérieux de leur lutte, la majorité d'entre eux sont affublés d'un vêtement aux motifs camo aux subtiles connotations hip-hop et guerrières.
Désillusion et stupeur furent au rendez-vous pour notre reporter qui pensait trouver des amitiés inoxydables lors de ces sessions. Ses sourires amicaux et mutins en quête d'un partenaire de session restaient sans réponse, sa main levée dans les airs pour un high five de célébration fut dédaignée à maintes reprises. Perdu dans un tourbillon de tricks, impossible pour lui de trouver ses repères. Dérouté, esseulé, il dût lutter pour se faire une place au sein du rythme effréné et sans pitié des session à MACBA au cours desquelles toute personne osant tenter un trick différent des autres ne tarde pas à recevoir une canette de Xibeca à la fraîcheur douteuse sur le crâne.


Exemple d'une session à Barcelone : la tyrannie
 de la conformité réduit les masses au skatesclavage

Monde corrosif et sans pitié, MACBA laisse peut de place pour ceux qui cherchent à briller. Noyé dans un tourbillon d'excellence, le skateur ne peut plus se démarquer des autres. Seul le recours à l'hypertech permet quelques secondes de postérité aux prix d'efforts démesurés. En bon élève, notre reporter a payé son NBD, mais à peine fut-il replaqué qu'aussitôt oublié. Le footage dont nous allons vous faire part démontre l’absence d'acclamations ou de high fives en tout genre de la part de ses pairs. Non, telle une étoile filante, notre reporter a cessé d'exister aux yeux des locaux à peine son trick replaqué. Des images terribles.

Les NBDs à MACBA n'attirent plus aucune attention dans 
un monde régi par les lois de la compétitivité.

Sunday, August 10, 2014

Skateboard, politique et théories du complot

Puisque, comme l'avaient dit ces bons à rien chevelus de la contre-culture, "le personnel est politique", cela n'était donc qu'une question de temps avant que le skateboard, après avoir conquis avec succès les marchés de la mode et de la musique, se lance à l'assaut de la politique. Un véritable reclus de la société, le skater est généralement tenu à l'écart des hautes sphères de la politique. Cependant, il n'en est pas un moins un activiste chevronné qui aime passer à l'action sur fond de théories du complot séduisantes et gros blunts épicés. Précurseurs dans ce domaine, voilà bientôt une décennie que les fameux WE Activists se battent pour un monde meilleur où tout le monde aurait des Ray Bans et un argentique.

Manifestation ultra-violente des WE Activists, menée par Chris "el Ché" Pastras,
suite au scandale des chemises silm-fit mal taillées.
Plus récemment, à l'autre bout de la planète, ce sont les japonais du Far East Skate Network qui se sont lancés à l'assaut de la politique avec un sujet d'actualité brûlant : les bombardements du Japon de 1945 par les Américains.



Alors que les moins perspicaces d'entre vous ne voient là qu'un acte héroïque à travers cette dénonciation qu'aucun n'avait osé abordé jusque là, les rédacteurs de la Lodge ont décidé de creuser l'affaire et se sont vite aperçus qu'elle reposait sur un nébuleux complot qui tiendrait éveillé des jours durant tout skateur amateur de la littérature de Dieudonné et autres Illuminatis. En effet, ce clip brouille les pistes à plus d'un titre. La musique symphonique grandiose associée au T-shirt "proud to be a Japanese" nous donne l'illusion que ce clip a pour but de redonner à l'empire Japonais ses lettres de noblesse en tant que terre où il fait bon powerslider les yeux fermés.

Cependant, ceux d'entre vous qui auront déjoué le complot auront bien compris que ce clip n'a pour but réel que la promotion de la nouvelle ligne de vêtement engagée de LIBE brand, intitulée "1945". Un rapide coup d’œil au site de la marque vous permettra de vous rendre compte que cette ligne est constituée exclusivement de pièces typiquement américaines (voir ci-dessous) sur lesquelles ont été brodés les logos de la marque. LIBE introduit donc en douce tout ces produits américains jusque-là absents du marché japonais : blousons de baseball, sweats à capuche, pantalons Dickies, etc. Un simple changement d'étiquette, et zou, la ménagère japonaise achète américain tout en croyant augmenter le PIB de son pays. Instrumentalisation par le Pentagone ou pots-de-vin de Washington, toujours est-t-il que le Réseau Skate de l'Extrême-Orient est une fois de plus mis au service de l'oncle Sam.

blouson de baseball nipponisé 

Ceux d'entre vous qui s'insurgent contre ces techniques abjectes et maudissent déjà l'Amérique devraient cependant garder à l'esprit que la propagande vient toujours là où l'on l'attend le moins, et mieux vaut se tenir sur ses gardes. Par exemple, regardez et contextualisez cette pub :

Wall-ride bien sous tout rapport

Au premier abord, nous avons une pub bien sous tout rapport. Un bon trust à l'américaine qui manufacture planches, roues, vêtements, roulements, chaussures, vis, bagagerie, sponsorise la crème de la crème et se vend dans les grandes surfaces. Le skateur, un jeune homme sponsorisé par DC, autre marque bien sous tout rapport. Mais ouvrez bien vos yeux et vous verrez l’innommable apparaître :

Propagande gauchiste en plein hammer
Nom d'un skate-tool ! Ce sont bien des affiches de propagande gauchiste qui sont placardées sur ce spot. Et le trick ? Un wall-ride ? Bien sûr, comment ne pas voir là autre chose que la nostalgie des années du Rideau de Fer (le Berlin Wall) qui séparait les gens biens des mauvais. Le skateur ? Un chevelu, un hippie ! Professionnel en plus ! Payer à s'amuser ! Element, sous couvert du capitalisme, s'efforce donc de faire passer des messages communistes et tente de démobiliser le travailleur en le convaincant qu'il pourra un jour gagner sa vie en s'amusant sur sa planche. Et que dire des camps de skate Element au cours desquels de jeunes skateurs innocents se font bourrer le crâne de légendes sur le soi-disant réchauffement climatique et la nécessité d'économiser les matières premières ?

Face à ce constat accablant, nos chers journalistes, devenus activistes le temps d'un café, ont décidé de prendre les armes. C'est donc dans un effort de solidarité que toute la rédaction de la Lodge se joint à ce message dans l'espérance de faire changer les choses : pour l'amour du CAC 40, chères marques de skate, laissez nos jeunes skateurs en paix, qu'ils puissent se forger eux-même leur conscience politique en partageant un bong d'épices orientales, regardant des vidéos de Dieudo et en achetant des bobs fleuris pour le prix d'une semaine de vacances.

Sunday, July 6, 2014

Dylan Rieder ou l'excursion au musée


La nouvelle pub pour les souliers HUF mettant en scène le bel éphèbe Dylan Rieder a beaucoup fait parler d'elle dans les bureaux cette semaine. Certains de nos chroniqueurs sont restés insensibles au charme de ce Vincent Gallo à roulettes, mais bon nombre d'entre eux ont salué sa prestation scénique et ses performances acrobatiques, clamant qu'il était bon de voir du skate artistique enfin filmé avec brio.

Il est vrai que cette vidéo souligne à quel point le skate est une discipline artistique qui met tous les autres sports à l'amende. Du noir et blanc à Berlin, de la musique qui donne envie de regarder par la fenêtre lorsqu'il pleut et du gigotage de bras digne d'un "Et on fait tourner les serviettes" de mariage en milieu rural. C'est l'impression d'une excursion au musée aux côtés du beau Dylan que nos journalistes ont expérimentée après être ressortis du département audiovisuel des bureaux. Un peu dépassés par les références culturelles disséminées ça et là par l'artiste angelin et berlinois le temps d'un week-end, ils ont cependant senti qu'on s'adressait là à une part de noblesse qu'ils avaient en eux, à un niveau de compréhension du monde de l'art que seuls les skateurs partagent. En effet, digne héritier d'Andy Wharol, Dylan offre une version du skate à mille lieues des vidéos de gueux au sourire niais se high-fivant à tout va qui pullulent sur les réseaux sociaux. Bien heureux les simples d'esprit. Son skate se comprend comme du méta-skate, du skate qui parle du skate, qui convoque ses failles et les cristallise sous l’œil du spectateur, qui hoche la tête d'un air entendu. Dylan voit le monde comme une toile, et propose un skate alternatif et militant, à l'abri des projecteurs du skate-bizz corporate :

Frontside flip contre la médiocrité à l'abri des regard

La foule de chroniqueurs fut particulièrement sensible à l'apparition de la poitrine féminine durant le clip. Alors que les suppositions quant au tour de poitrine de la muse de Dylan fusaient, mon voisin me fit remarquer qu' un autre bel éphèbe du monde du skate, Freddy Gall, avait déjà aussi montré la relation étroite qu'entretenait son skate avec le corps féminin. L'approche des skateurs/artistes diffère cependant, Fred Gall faisant preuve d'une certaine franchise dans le montrage des roberts de sa muse qui n'est pas sans déplaire à notre rédaction.

Essai sur l'influence des glandes mammaires et du houblon à bas prix sur le skate East Coast par Frederick Hubert Gall

Quoiqu'il en soit, la session post-visionnage de nos chroniqueurs fut riche en émois. Empreints de l'ivresse artistique, ils skatèrent comme rarement ils l'avaient fait, agitant frénétiquement leurs bras comme seuls les skateurs, en amoureux des formes, savent le faire. Chaque replaque fut savourée et célébrée par une pose alambiquée. Certains fumaient en skatant, d'autres prenaient des photos argentiques pendant que d'autres encore peignaient de gros pénis parcourus de veines violacées. Le skate en tant que mouvement artistique prenait enfin tout son sens.

Nous conclurons sur le Dylan créateur. Car c'est avant tout pour mettre en valeur son pro-model que ce court métrage à vu le jour. Vivant au sein de l'épicentre de la mode, Dylan a convoqué plusieurs tendances pour élaborer son pro-model. La chaussure se nourrit d'influences de Karl Lagarfel, JP Gaultier, John Galliano. Aussi, c'est un coup dur pour le monde de la mode que de se rendre compte que la Dylan de HUF ressemble étrangement à un modèle de Creeks disponible à 29, 99 € chez Eram.



Monday, November 11, 2013

The 11th hour - Où comment le skate britannique regagna ses lettres de noblesse

De la Brit-pop, de la briquette humide et des maigrelets qui roulent sur du gravier, tous les indices semblent confirmer que la vidéo The 11th Hour de Jacob Harris renoue avec le skate britannique et en reprend les motifs qui ont fait ses jours de gloire. Alors que depuis 2-3 ans Palace s'est acharné à dépecer le skate anglais de toute sa poésie déchirante à coups de mauvais gangsta rap, co-branding douteux et autres gros chavs, Jacob Harris a décidé de sonner le glas en braquant sa caméra sur des sujets de Sa Majesté qui ont un œil pour les spots, les pieds rapides et, il est fort à parier, une dentition épouvantable. C'est également avec une bouffée de fierté patriotique et une envie de sortir sa veste LeCoq que l'on peut lire le nom de Sylvain Tognelli sur la jaquette du DVD. Au demeurant, on pourrait appeler cette vidéo "la vidéo Isle", tant le line-up ressemble au team Isle.

Outre ces considérations d'ordre économique, ce qui nous intéresse ici est le fait que la 11th Hour renoue avec la tradition des meilleures vidéos Blueprint ou Landscape. En effet, c'est les joues baignées de larmes et de bières que nos journalistes ont fini le visionnage du DVD, soulagés de voir que le skate anglais pouvais toujours faire preuve de finesse. En outre, depuis une semaine les Kinks et autres Smiths résonnent en boucle dans les couloirs de nos bureaux pendant que nos chers journalistes font la queue devant la bouilloire pour se refaire un thé et adoptent des poses mélancoliques en scrutant la grisaille urbaine ambiante (et les ladies qui la peuplent).

Pub Blueprint, peu avant la chute





Quant aux performances des protagonistes, croyez-le, elles sont plus que louables. Par souci de concision et par flemme, nous nous arrêterons majoritairement sur les parts qui ont suscité le plus de "hourras" et jets de canettes à demi-pleines à travers le département audiovisuel de La Lodge.

Chris Jones nous pond sa première full part. Du fait de sa physionomie singulière, il rentre dans la catégorie des "grands steaks", fait qu'il pallie (transitif direct, sisi) en faisant un usage maitrisé du skate dans le mauvais sens, dit "switchstance". C'est tout de même une certaine gaucherie dans l’exécution de ses manœuvres techniques que nos journalistes ont souligné.

Il est à noter que les parts friends qui ponctuent cette vidéo procurent un bien être non négligeable en ces temps de disette et qu'elles sont admirablement montées sur de la Brit-pop chevrotante. On y retrouve de nombreux acteurs de la scène anglaise (dont Olly Todd) avec une joie et un plaisir proche de l'homo-érotisme.

Vient ensuite la part de Sylvain Tognelli qui s'ouvre avec la high-standard maneuver ci-bas illustrée et la voix de David Bowie. C'est boursouflé d'amour pour sa patrie qu'on ressort de cette part tellement notre représentant national semble avoir saisi les tenants et aboutissants du skateboard de rue. Sa part est parcourue d'une tension parfaite entre performance et invention, le tout filmé entre Berlin et Londres. Nos journalistes furent tellement conquis que certains d'entre eux ont même parlé de reprendre le skate. Ils sont allés finir cette discussion au pub. Close call.
High-standard maneuver


Sir Nick Jensen livre une part majoritairement constituée de lines. Il foule le pavé du bout des orteils, traverse la rue en milieu de line, exécute ses tricks avec la retenue d'un gentleman. Le point fort de cette part réside dans le fait qu'on voit Nick zigzaguer dans tous les sens; cette part fait vraiment partie de celles où l'on voit le skater vraiment skater. Plutôt que des lines ultra rapides et parfaitement orchestrées, on peut apprécier les demi-tours sur un spot, les pertes de vitesses au coin d'une rue, etc.

Enfin, c'est Tom Knox qui conclue la vidéo avec une part qui est un kaléidoscope de ce qui se fait le mieux dans le skate anglais. La dernière part est amplement méritée, aussi est-elle rythmée par de la musique qui donne envie de faire le bien sur Terre. La fin de la part prend une tournure épique où se succèdent les lines composées de hammers sur de la briquette engagée socialement. Tom Knox est un skater très agile qui a le mérite de savoir vraiment tirer profit de chaque spot, en faisant vraiment l'effort de le skater pour ce qu'il est plutôt que d'adapter son répertoire habituel à ce spot. La grande force de sa part est que les tricks qui ponctuent ses lines pourraient presque tous faire office de single, avec séquence et tout le barza.

En conclusion, c'est un message d'espoir que nous livre Jacob Harris : l'Angleterre n'a pas tout dit en terme de skate, et même si Blueprint a été prostitué pour des deniers Américains, même si Palace semble mettre en valeur avec justesse le nombre incalculables de mongoles capables d'acheter des bobs dégueulasses pour £50, il reste toujours des poètes urbains, des amoureux de la briquette et de la canette, prêts à faire claquer le planchon là où seuls de célestes clochards daigneraient s'allonger, canette en main.


Friday, October 18, 2013

Thursday, March 7, 2013

Le skateboarder, aspirant working class et mythomane invétéré

Voilà maintenant quelques années que la mode de la "work-wear" gagne de plus en plus de terrain au sein du petit monde qu'est le skateboard. Pour les incultes, ou pire encore, les gens qui s'en tamponnent les "joyeuses", la "work-wear" est une mode vestimentaire dont les adaptes portent les marques/habits dont la fonction première était de servir au travailleur manuel Américain d'antan et d'aujourd'hui, à l'éboueur, au charpentier, bref en un mot, au "col bleu". Les marques ambassadrices de ce mouvement ne sont autres que Carhartt, Dickies, Vans, etc. Ainsi, un fois paré de ces signes aisément reconnaissables, le petit skateur se retrouve investi de la même mythique qui entoure l'ouvrier Américain, et tout chétif et incapable qu'il est, il peut passer pour un gros dur auprès de ses amis. En tête de ce mouvement, nous pouvons admirer la silhouette élancée du guerrier arien et aficionado du skate switch à grand vitesse Anthony Van Engelen.


Le mouvement a récemment pris de plus en plus d'ampleur. Pour preuve de cela, Dickies s'est mis en tête de relancer une collection skate, preuve que même les non-initiés aux codes hautement subtils du skate se sont rendus compte de la chose. Au sein du monde skateboardistique, la work-wear semble avoir contaminé toutes les strates : hesh, wesh et autres gros sacs en tout genre. Jim Greco lui même, après de nombreuses années au service du pantalon slim et de la ridicule chemise à jabots, n'a pas réfléchi deux fois avant de signer un juteux contrat avec Dickies et de sauter dans un des fameux pantalons larges qui gratte de la dite marque. Nous apporterons tout de même un certaine nuance à ce propos, car certains de nos chercheurs sembleraient être en mesure de prouver que Jim Greco n'est autre qu'un pauvre tocard désespérément en quête d'attention qui se ré-invente tous les 2 ans comme une gamine de 14 ans. La phrase est au conditionnel cependant, ne nous emballons pas.


Dernier événement en date, c'est l’apparition du pantalon siglé du fameux fer à cheval dans la toute dernière part du vétéran et ex-rider de chez Chocolate, j'ai nommé Mike York. Comme quoi, tout le monde est conquis.


 "Rien de nouveau sous le soleil !!!" s'exclamera alors le skateur trentenaire qui aura déjà connu la mode du pantalon Dickies dans les années 1990. Bien heureux les simples d'esprits et autres démocrates, réjouissez vous donc que nos chers journalistes soient là pour vous éclairer. La différence avec la mode des années 90 est qu'en 2010s, le skateur se croit investi des qualités du travailleur manuel Américain dont il porte les habits.
Songez un peu, depuis ces dernières années, à toutes les vidéos, les interviews où l'on voit un skateur pro éclairé nous expliquer sa passion pour le travail manuel, la construction de tabourets, de modules en bois, etc. Dernier élément en date, l'interview des deux skateurs natifs de la East-Coast Zered Basset et Joey Pepper dans Skateboarder Magazine.


Tout y est : le titre "Men at work", la mise en page inspirée des chantiers, et la photo d'ouverture des 2 zozos en train de pêcher (la pêche étant bien entendu le loisir premier du travailleur manuel, cet heureux simple d'esprit qui maintient cependant un étroit lien avec la terre). Au demeurant, l'introduction nous parle de la particularité des skateurs de la Côte Est, allant même jusqu'à établir un parallèle avec les "blue collars" (surnom des ouvriers Américains).
Chers lecteurs, je vous prie ici de bien vouloir arrêter votre lecture, aussi difficile cela soit-il, dans le but de songer.  [...] Peut-être ce moment de questionnement, de reconsidération des choses vous amènera à la même question que nous: "Cher Skateboarder Magazine, ne seriez vous pas en train de nous prendre pour des mongoliens ? ou êtes vous débiles au point de croire aux idioties que vous racontez ?" Zered Basset ? Blue collar ? Est-ce de la merde qui obstrue vos yeux et occulte votre jugement ? Ou bien est-ce le fait que vos journalistes sont des enfants de 14 ans au quotient intellectuel égal au QI moyen du rider de chez Deathwish ?
Zered Bassett est sponsorisé depuis l'age de 12 ans ! Joey Pepper est pro depuis 15ans ! Payés à faire du skate, à s'amuser dans la rue, sans emploi du temps ni contrainte ! Vous trouvez ça "working-class" ? Hello !?
Nous noterons au passage les pantalons Dickies et Carhartt portés par ces 2 véritables héros de la classe ouvrière sur la photo. Maintenant, laissons nous aller à imaginer le même interview quelques années auparavant, lorsque Pepper était chez chez Aesthetics et Axion et que le jogging en cotton fesait loi. Vous imaginez le gugus nous parler de sa passion pour le travail manuel, le tout avec un doo-rag sur la tête ? Quelle aurait été la réaction à un tel interview ? Il est fort à parier que le lecteur moyen se serait servi de la page du magazine comme PQ un jour de diarrhée aigüe. 

Dans la même veine, voici une interview de Jason Dill et AVE. L'interview porte sur la vidéo Alien Workshop "Manfield", dans laquelle nous découvrons un AVE en Dickies et chemise en flanelle boutonné jusqu'en haut. En outre, un vrai dur. Au cours de l'interview, Jason Dill, leader inconditionné du style de et la connerie humaine, se laisse aller à qualifier la part de "blue collar". Qu'est-ce que cela veut dire ? Que AVE, qui n'a probablement jamais eu un vrai job de sa vie est un "blue collar" parce qu'il a enfilé une chemise en jean et un Dickies ?
Scannez donc la presse skateboardistique et rendez vous compte à quel point le skateur, depuis quelques années, essaie de se poser en sorte de héros de classe ouvrière, mi red-neck, mi-homme de la nature. Les articles sur des camping-trips, les passages dans les vidéos où les mecs tirent à la carabine, les trips en Harley Davidson et même la mode du DIY. Le DIY existe depuis toujours, la seule différence est qu'il est aujourd'hui encore plus en accord avec l'image que le skateur essaie de renvoyer de lui : "Je suis un gros dur, un vrai, je fais du ciment en Dickies, même si j'ai jamais eu job de ma vie, que j'ai 24 ans et que mes parents me payent un appart en centre-ville pour que je puisse skater." La work-wear, bien inoffensive à la base, a modifié des comportements, des pratiques au sein de la communauté skate, cherchant à créer une image fictive du skateur. Jamais auparavant on ne nous a autant bassiné avec les "à cotés" du skateboard. Le skateur pro, celui qui est le plus exposé au regard de l'autre, est toujours en recherche d'authenticité, et c'est à travers ces "â cotés" qu'il peut s'affirmer auprès du public. Il semble qu'il y ait coïncidence entre l’apparition de la work-wear dans le skate et cette insistance sur ces petits "à côtés" qui nous permettent de connaître les choses les plus inutiles sur la vie de nos pros préférés. Par ailleurs, il semble que le fait d'être skateur professionnel prenne de plus en plus en compte ce qui se passe en dehors de la planche.
Nom de Dieu de merde, Transworld a quand même sorti une vidéo de 4 minutes dans sur Silas Baxter Neal et sa passion pour la pêche. Qui peut honnêtement dire qu'il est intéressé par le fait de savoir ce que ce connard peut foutre au bout de sa canne à pêche ?!

Silas Baxter Neal Off The Board from Chris Ray on Vimeo.
A cela on peut rajouter les fameux tabourets de Pappalardo, les boites à chaussures en bois de Joey Pepper, Max Schaaf qui sort une part dans laquelle il passe la moitié du temps à faire le jacky sur une Harley, etc.



Alors, chers leaders de marques, de magazines, skateurs pros, nous sommes des passionnés de skate, pas des mongoles. On s'intéresse à vous parce que vous faites le/du skate. On se branle de vos hobbies, de vos passions, de vos motos, etc. Certes la work-wear est une mode très esthétique mais ne soyez pas des mongoles à vous ré-inventer parce que les modes vont et viennent. L'authenticité s'est depuis bien longtemps fait la malle sur la planète Skate. Réveillez-vous, cessez de nous prendre pour des connards et arrêtez de nous vendre cette image du skateur "working-class", qui est tout sauf une réalité.

Wednesday, December 26, 2012

Les fondations du Palace s'éffritent...

Environ deux année auparavant, cris de joie et autres "hourras" s'élevaient des bureaux de La Lodge à la découverte de ce clip vidéo :
Une vague de fraîcheur débarquait sur le continent européen comme nul n'en avait vu auparavant. Une esthétique bien particulière, décidément ancrée dans les îles britanniques, à contrario de Blueprint qui à la même époque s'ouvrait de plus en plus sur l'Europe et les USA. La touche musicale de The XX apportait un soupçon de mystère que la caméra VHS ne faisant qu'accentuer. Qui filme ? Où ? Quand ? Avec Olly Todd et Charlie Young en chefs de file, Palace était parti pour faire des merveilles et conquérir le cœur des férus de briquettes rouges et autres trottoirs rugueux. Quelques années plus tard, effectivement la conquête fut achevée.
Mais à quel prix ?

Poésie et mystère ont été remplacés par du hip-hop agressif et puéril de mauvaise qualité qui ne plaît qu'à l'adolescent de classe moyenne en quête de crédibilité ou à ces nombreux skateurs au corps d'adulte mais au cerveau ratatiné par la beuh qui s'expriment essentiellement en onomatopées ("chiozo", diraient-ils). Olly Todd et Charlie Young ont peu à peu disparu des clips, pour être remplacés par des poètes de la planche tels que Karim "potato bag" Bakhtaoui, qui, ne le nions pas, a une pop de chacal mais la finesse de Josh Kasper. La Lodge déplore grandement cet abandon à la vulgarité, et milite pour un retour à la raison chez Palace. ô grands patrons de chez Palace, remettez vous en quête ces génies au teint palot qui jadis donnèrent au skate anglais ses lettres de noblesse ! Le déclin s'est même répandu jusque dans leur catalogue de produits :


A la découverte de ces graphismes nauséabonds, les quelques rires de nos journalistes se perdent vite dans les sanglots d'angoisse. Et si la magie britannique n'opérait plus ? Et si finalement, nos camarades d'outre-manche avaient perdu cette étincelle qui transformait le moindre de leur excrément en pépite de poésie déprimante et apaisante à la fois ? (voir ci-dessous)


Il semblerait donc qu'après la trouvaille d'un logo qui a frappé les esprits, les graphistes de Palace aient décidé de se toucher sérieusement la nouille. Un mode de vie qui n'est certainement pas celui de leur comptable qui n'hésite pas à faire payer le skateur au mode de vie ghetto la modique somme de £60 pour une casquette ou encore £149 pour une chemise. Parodie de mauvais goût du logo Chanel, co-branding avec Umbro, la moitié du team qui file se saper chez Krew, nombreux sont les faux-pas de Palace qui est passé en quelques années du statut d'icône de l'esthétisme en matière de skate européen à un groupe de "chavs" beuglant en permanence avec la même finesse que le team DGK lors d'une avant-première... C'est en proie à une grande déception que les journalistes se voient obligés de retirer leur triple A à Palace Skateboards. Bien que la qualité des productions matérielles et visuelles de Palace soit en chute libre, on ne peut que saluer leur sens aigu du marketing. Aussi, on peut être sûr que les T-shirts Palace seront un des top-sellers parmi les skateurs pré-pubères ce Noël, au même titre que les chaussettes cannabis HUF, à 50€ la paire. Heureusement que nous autres skateurs somme libres de toutes considérations matérielles et désirs de se conformer. Ouf.