Wednesday, October 15, 2014

Gino Iannucci s'explique sur le canular du bob

Gino Iannucci : "Je voudrais m'excuser auprès de la communauté du skateboard, je ne pensais pas qu'une blague aussi inoffensive allait prendre de telles proportions au point que tous les skateurs aillent se mettre à porter un bob."

Alors que le France se remet encore difficilement du canular stupide et coup de génie médiatique de Nicolas Bedos pour la sortie fictive de son livre Les serments indiscrets au sujet tout aussi fictif de sa relation avec Valérie Triewieler, c'est au tour de Gino Iannucci de s'expliquer sur une mauvaise blague qui a pris d'invraisemblables proportions et qui s'est propagée viralement à travers la skatosphère. Retour sur un trait d'humour qui vire au cauchemar.
 
2012

Gino Iannucci est absent depuis plusieurs années de la presse skateboardistique. Parallèlement, sur les forums de skate, les posts concernant Gino se multiplient : spéculations sur sa prochaine part, déclarations d'amour à ses anciennes parts, déclarations de haine à sa présente feignantise et geingnardise. La skatosphère est en ébullition et réclame sa production ginesque quinquennale. 

Fin de l'année, pour marquer le coup de la sortie de la Nike Team Edition, Nike présente le dit soulier accompagné d'une séquence de Gino. Retour en grande(s) pompe(s) pour l'italo-américain avec un combo jamais vu sur un spot qui fait honneur à ses ancêtres, la gare de Milan. Oui, mais voilà, un détail choque l'opinion public : Gino apparaît coiffé d'un bob.


Dope steezy banger out of the blue

 2013

La skatosphère s'emballe et les people ne tardent pas en endosser, ou plutôt entêter le fameux et très controversé couvre-chef. Aujourd'hui et malgré cet aspect informe, le bob semble faire l'unanimité auprès des stars mainstream comme des individus à l'avant-garde de l'underground. Au niveau mercantile, Hélas, Palace, Magenta, mais aussi Nike ont hélas profité de cette aubaine marketing et se sont lancés à l'assaut du marché du couvre chef qui n'avait ni devant, ni derrière, ni avenir..

Dansez marionnettes, dansez !
 
Le couvre-chef est rapidement repris par la communauté hipster, qui n'est pas la dernière lorsqu'il s'agit de se parer d'accessoires qui donnent l'air un peu plus cons qu'on l'est déjà.
 
2014
 
Oui, mais voilà, ces jours-ci une vidéo vient de paraître au cours de laquelle Gino s'explique sur les dessous du shooting de cette fameuse pub Nike :
 



Pour les non-anglophiles, et ceux qui ont autre chose à faire, nous nous efforcerons de retranscrire le plus fidèlement les propos du sieur :

"Ouais, en fait on était un peu bourré la veille, j'avais taquiné le Lambrusco sévère et en sortant du resto, Reda à trouver un bob dégueulasse dans une rigole et l'a gardé. Comme on ramassait sévère le lendemain, on est allé chiller à la gare de Milan et j'ai mis le bob pour déconner un peu, je faisais une imitation de Jean-Claude Duss. Bref, une chose en amenant une autre, je fais un banger sur-steezy avec le bob et on se dit que ça serait pas mal d'en faire une pub pour rigoler, à la Enjoi quoi, histoire de décoincer les skateurs trop sérieux et obnubilés par leur apparence.
Sauf que tout est rapidement devenu hors de contrôle et tout le monde s'est mis à porter des bobs. Des petits, des larges, des avec ficelles. C'est vraiment devenu n'importe quoi, nous avons vraiment commencé à nous inquiéter. On avait pas prédit que les skatos ne comprendraient pas le second degré...
Je voudrais présenter mes excuses à tous les skateurs victimes de ce canular et à tout le team Palace."

Des propos qui se passent de commentaires au vu des terribles conséquences de son acte. D'autant plus que Gino n'en est pas à son premier canular qui tourne au vinaigre. Rappelez vous en 2003, la Yeah Right ! sortait avec une superbe part de Gino au cours de laquelle il surprenait tout le monde avec un 3-6 shove it à Flushing Meadows, NY.

3-6 shove it, ou comment la mode de la pâte à pizza commença

Une farce qui, elle aussi, dégénéra pour le pire. Petits et grands se mirent à balancer des 3-6 shove its, et les planches se mirent à tournoyer sur les spots plus rapidement que des pâtes à pizza sur les doigts de pizzaïolos avertis. Un phénomène particulièrement perceptible en France, qui donna lieu à des dérives dangereuses qui inquietèrent les intellectuels du skate. Des images terribles.



Tuesday, August 26, 2014

René la Taupe ou le skate underground

A l'heure où les circuits de compétition Street League et Mountain Dew semblent être devenus les institutions de référence pour représenter le skate auprès du grand public, nombreux sont les skaters qui ont décidé de revenir aux racines du skate en choisissant une pratique underground. Au cours des dernières années, ont fleuri ça et là des marques mettant l'accent sur la nature indépendante et quasi-artisanale de leurs techniques de travail ou leur éthique : Polar, Magenta, Palace, Politic, ou plus anciennement Trauma etc. Des graphismes originaux, des skateurs créatifs sortant du traditionnel format hammer ; l'idée était de proposer une alternative aux marques de skate mettant en avant une pratique coupée du quotidien des skaters lambda souvent composé, il faut bien le reconnaître, de sessions sur des micro-curbs devant la supérette.


A y réfléchir, il semble que la culture populaire ait amorcé le même virage que l'industrie du skate.


Prenons l'illustre pop-star virtuelle René la Taupe, par exemple. Avec des centaines de milliers de disques vendus, sous ses airs de farceur et bon vivant, il semble bien inoffensif et destiné en premier lieu à un public d'enfants. Bien heureux les simples d'esprit. En réalité, René la Taupe est à la culture populaire ce que Pontus Alv et Shawn Powers sont au skateboard : une alternative. En effet, son ventripotent physique et sa bonhommie omniprésente sont une réponse aux modèles des pop-stars hyper-sexualisées à la plastique parfaite. Symbole de la révolution underground, René la Taupe permet à l'auditeur moyen, las des bêlements lascifs des Britney Spears et autres Ke$ha, de retrouver un sentiment de proximité avec l'artiste-interprète qu'il écoute.

Par ailleurs, il est évident que ce rapprochement a influencé les vidéastes de skate underground. En effet, comment ne pas voir dans cette section de la vidéo Tengu, réalisée par Colin Read, un clin d’œil subtil à l’œuvre de René la Taupe. Tels les mammifères fouisseurs nocturnes que sont les taupes, les skate-protagonistes de ce clip évoluent de nuit dans des galeries souterraines et proposent un skate sortant des sentiers battus. Clou du spectacle, le ollie de Connor Kammerer par-dessus la ligne de métro est une métaphore à prendre littéralement : au péril de sa vie, il nous incite à franchir cette ligne pour, nous aussi, nous engager dans une pratique du skate alternative.

                                

Les journalistes de notre bonne vieille rédaction ne sont pas avares lorsqu'il est question d'underground. En effet, l'un de nos reporters les plus engagés a d'ailleurs affirmé avoir inventé le skate underground. Après maintes railleries, il nous a scientifiquement prouvé, photographie à l'appui, qu'il était l'inventeur d'une des manœuvres phares du chef de file des powerslides alambiqués, Léo Valls.
Des images choc, qui laissent inévitablement une ombre au tableau du skateboard underground.


one foot bs nose blunt powerslide (post 2010)


one foot bs nose bluntpower slide full speed 10 ans avant la popularisation de cette manœuvre
Pour ceux qui douteraient de l'authenticité de cette preuve photographique indéniable, il suffit de se pencher sur les DVS Sean Sheffey portées par le sujet, alors âgé de 11 ans,  pour pouvoir dater la photographie sans hésitation.


Friday, August 22, 2014

Numéro spécial été : MACBA ou les vertiges de l'anonymat ( + un NBD à MACBA en cadeau !)

Dans un souci de faire face au déclin de la presse écrite, la rédaction de La Lodge a décidé de sortir un numéro spécial été pour plaire à la ménagère de moins de 50 ans avide d'exotisme. Dans ce numéro, destination de choix, de rêve, de fiesta, c'est à Barcelone que nous avons envoyé notre reporter sans frontières. Capitale mondiale du skate où les crews des quatre coins du globe se retrouvent, Barcelone est aussi connue comme la ville qui permet l'accès à la célébrité instantanée pour le skater lambda qui peut se mesurer à ses pros préférés en s'attaquant aux mêmes spots qu'eux. 

Exemple des ravages de la course à la skate-glory

C'est donc dans cette optique que nous avons catapulté notre envoyé spécial en stage techitude à MACBA. Au cours d'une enquête digne de Capital nous allons vous révéler comment l'Espagne, un pays pourtant noble qui sait rafraîchir ses habitants à bas prix, maintient son peuple dans la dépression et le confine à l'anonymat skateboardistique le plus cruel.

Notre envoyé spécial a su se fondre dans le décor
Les sessions de notre envoyé spécial à MACBA ont révélé un monde sans pitié où aucun ne peut échapper au gouffre de l'anonymat. Fort de ses sessions sur son spot local où son benihana par dessus la fun-box centrale fait mouche à chaque fois, notre reporter s'est heurté à un monde sans pitié où il semble que l'unique trick de flat autorisé soit le 3-6 flip. Ce trick est à rentrer obligatoirement de manière autoritaire et gare à celui qui affichera une mine réjouie de sa prouesse. Non, chers lecteurs, le 3-6 flip à MACBA se replaque en soufflant d'insatisfaction face à l'évidente imperfection de son trick poppé à 50 cm de haut et recatché avant même la phase descendante. Une expérience douloureuse pour notre courageux reporter pour qui la coutume était jusque-là de replaquer ses 3-6 flips en hang ten.

Découpe de la replaque d'un 3-6 flip de notre envoyé spécial, 
devenu la cible de quolibets le temps d'une session
La confrontation avec les locaux fut une rude épreuve également. Le skateur catalan arbore par nature un air patibulaire lié à son aversion pour l'envahissement progressif, mais certain, de ses spots. Sa meilleure façon de vous le faire savoir sera de faire le trick que vous venez de faire, mais plus long, plus rapide, avec un flip in, un flip out, le tout en vous regardant dans les yeux sans ciller (et to fakie aussi). Une autre population non-négligeable sur les spots sont les techos brésiliens pour qui la pratique du skate semble être un vrai calvaire, au vu de pourcentage de tirage-de-gueule par m². Pour témoigner de leur engagement et du sérieux de leur lutte, la majorité d'entre eux sont affublés d'un vêtement aux motifs camo aux subtiles connotations hip-hop et guerrières.
Désillusion et stupeur furent au rendez-vous pour notre reporter qui pensait trouver des amitiés inoxydables lors de ces sessions. Ses sourires amicaux et mutins en quête d'un partenaire de session restaient sans réponse, sa main levée dans les airs pour un high five de célébration fut dédaignée à maintes reprises. Perdu dans un tourbillon de tricks, impossible pour lui de trouver ses repères. Dérouté, esseulé, il dût lutter pour se faire une place au sein du rythme effréné et sans pitié des session à MACBA au cours desquelles toute personne osant tenter un trick différent des autres ne tarde pas à recevoir une canette de Xibeca à la fraîcheur douteuse sur le crâne.


Exemple d'une session à Barcelone : la tyrannie
 de la conformité réduit les masses au skatesclavage

Monde corrosif et sans pitié, MACBA laisse peut de place pour ceux qui cherchent à briller. Noyé dans un tourbillon d'excellence, le skateur ne peut plus se démarquer des autres. Seul le recours à l'hypertech permet quelques secondes de postérité aux prix d'efforts démesurés. En bon élève, notre reporter a payé son NBD, mais à peine fut-il replaqué qu'aussitôt oublié. Le footage dont nous allons vous faire part démontre l’absence d'acclamations ou de high fives en tout genre de la part de ses pairs. Non, telle une étoile filante, notre reporter a cessé d'exister aux yeux des locaux à peine son trick replaqué. Des images terribles.

Les NBDs à MACBA n'attirent plus aucune attention dans 
un monde régi par les lois de la compétitivité.

Sunday, August 10, 2014

Skateboard, politique et théories du complot

Puisque, comme l'avaient dit ces bons à rien chevelus de la contre-culture, "le personnel est politique", cela n'était donc qu'une question de temps avant que le skateboard, après avoir conquis avec succès les marchés de la mode et de la musique, se lance à l'assaut de la politique. Un véritable reclus de la société, le skater est généralement tenu à l'écart des hautes sphères de la politique. Cependant, il n'en est pas un moins un activiste chevronné qui aime passer à l'action sur fond de théories du complot séduisantes et gros blunts épicés. Précurseurs dans ce domaine, voilà bientôt une décennie que les fameux WE Activists se battent pour un monde meilleur où tout le monde aurait des Ray Bans et un argentique.

Manifestation ultra-violente des WE Activists, menée par Chris "el Ché" Pastras,
suite au scandale des chemises silm-fit mal taillées.
Plus récemment, à l'autre bout de la planète, ce sont les japonais du Far East Skate Network qui se sont lancés à l'assaut de la politique avec un sujet d'actualité brûlant : les bombardements du Japon de 1945 par les Américains.



Alors que les moins perspicaces d'entre vous ne voient là qu'un acte héroïque à travers cette dénonciation qu'aucun n'avait osé abordé jusque là, les rédacteurs de la Lodge ont décidé de creuser l'affaire et se sont vite aperçus qu'elle reposait sur un nébuleux complot qui tiendrait éveillé des jours durant tout skateur amateur de la littérature de Dieudonné et autres Illuminatis. En effet, ce clip brouille les pistes à plus d'un titre. La musique symphonique grandiose associée au T-shirt "proud to be a Japanese" nous donne l'illusion que ce clip a pour but de redonner à l'empire Japonais ses lettres de noblesse en tant que terre où il fait bon powerslider les yeux fermés.

Cependant, ceux d'entre vous qui auront déjoué le complot auront bien compris que ce clip n'a pour but réel que la promotion de la nouvelle ligne de vêtement engagée de LIBE brand, intitulée "1945". Un rapide coup d’œil au site de la marque vous permettra de vous rendre compte que cette ligne est constituée exclusivement de pièces typiquement américaines (voir ci-dessous) sur lesquelles ont été brodés les logos de la marque. LIBE introduit donc en douce tout ces produits américains jusque-là absents du marché japonais : blousons de baseball, sweats à capuche, pantalons Dickies, etc. Un simple changement d'étiquette, et zou, la ménagère japonaise achète américain tout en croyant augmenter le PIB de son pays. Instrumentalisation par le Pentagone ou pots-de-vin de Washington, toujours est-t-il que le Réseau Skate de l'Extrême-Orient est une fois de plus mis au service de l'oncle Sam.

blouson de baseball nipponisé 

Ceux d'entre vous qui s'insurgent contre ces techniques abjectes et maudissent déjà l'Amérique devraient cependant garder à l'esprit que la propagande vient toujours là où l'on l'attend le moins, et mieux vaut se tenir sur ses gardes. Par exemple, regardez et contextualisez cette pub :

Wall-ride bien sous tout rapport

Au premier abord, nous avons une pub bien sous tout rapport. Un bon trust à l'américaine qui manufacture planches, roues, vêtements, roulements, chaussures, vis, bagagerie, sponsorise la crème de la crème et se vend dans les grandes surfaces. Le skateur, un jeune homme sponsorisé par DC, autre marque bien sous tout rapport. Mais ouvrez bien vos yeux et vous verrez l’innommable apparaître :

Propagande gauchiste en plein hammer
Nom d'un skate-tool ! Ce sont bien des affiches de propagande gauchiste qui sont placardées sur ce spot. Et le trick ? Un wall-ride ? Bien sûr, comment ne pas voir là autre chose que la nostalgie des années du Rideau de Fer (le Berlin Wall) qui séparait les gens biens des mauvais. Le skateur ? Un chevelu, un hippie ! Professionnel en plus ! Payer à s'amuser ! Element, sous couvert du capitalisme, s'efforce donc de faire passer des messages communistes et tente de démobiliser le travailleur en le convaincant qu'il pourra un jour gagner sa vie en s'amusant sur sa planche. Et que dire des camps de skate Element au cours desquels de jeunes skateurs innocents se font bourrer le crâne de légendes sur le soi-disant réchauffement climatique et la nécessité d'économiser les matières premières ?

Face à ce constat accablant, nos chers journalistes, devenus activistes le temps d'un café, ont décidé de prendre les armes. C'est donc dans un effort de solidarité que toute la rédaction de la Lodge se joint à ce message dans l'espérance de faire changer les choses : pour l'amour du CAC 40, chères marques de skate, laissez nos jeunes skateurs en paix, qu'ils puissent se forger eux-même leur conscience politique en partageant un bong d'épices orientales, regardant des vidéos de Dieudo et en achetant des bobs fleuris pour le prix d'une semaine de vacances.

Sunday, July 6, 2014

Dylan Rieder ou l'excursion au musée


La nouvelle pub pour les souliers HUF mettant en scène le bel éphèbe Dylan Rieder a beaucoup fait parler d'elle dans les bureaux cette semaine. Certains de nos chroniqueurs sont restés insensibles au charme de ce Vincent Gallo à roulettes, mais bon nombre d'entre eux ont salué sa prestation scénique et ses performances acrobatiques, clamant qu'il était bon de voir du skate artistique enfin filmé avec brio.

Il est vrai que cette vidéo souligne à quel point le skate est une discipline artistique qui met tous les autres sports à l'amende. Du noir et blanc à Berlin, de la musique qui donne envie de regarder par la fenêtre lorsqu'il pleut et du gigotage de bras digne d'un "Et on fait tourner les serviettes" de mariage en milieu rural. C'est l'impression d'une excursion au musée aux côtés du beau Dylan que nos journalistes ont expérimentée après être ressortis du département audiovisuel des bureaux. Un peu dépassés par les références culturelles disséminées ça et là par l'artiste angelin et berlinois le temps d'un week-end, ils ont cependant senti qu'on s'adressait là à une part de noblesse qu'ils avaient en eux, à un niveau de compréhension du monde de l'art que seuls les skateurs partagent. En effet, digne héritier d'Andy Wharol, Dylan offre une version du skate à mille lieues des vidéos de gueux au sourire niais se high-fivant à tout va qui pullulent sur les réseaux sociaux. Bien heureux les simples d'esprit. Son skate se comprend comme du méta-skate, du skate qui parle du skate, qui convoque ses failles et les cristallise sous l’œil du spectateur, qui hoche la tête d'un air entendu. Dylan voit le monde comme une toile, et propose un skate alternatif et militant, à l'abri des projecteurs du skate-bizz corporate :

Frontside flip contre la médiocrité à l'abri des regard

La foule de chroniqueurs fut particulièrement sensible à l'apparition de la poitrine féminine durant le clip. Alors que les suppositions quant au tour de poitrine de la muse de Dylan fusaient, mon voisin me fit remarquer qu' un autre bel éphèbe du monde du skate, Freddy Gall, avait déjà aussi montré la relation étroite qu'entretenait son skate avec le corps féminin. L'approche des skateurs/artistes diffère cependant, Fred Gall faisant preuve d'une certaine franchise dans le montrage des roberts de sa muse qui n'est pas sans déplaire à notre rédaction.

Essai sur l'influence des glandes mammaires et du houblon à bas prix sur le skate East Coast par Frederick Hubert Gall

Quoiqu'il en soit, la session post-visionnage de nos chroniqueurs fut riche en émois. Empreints de l'ivresse artistique, ils skatèrent comme rarement ils l'avaient fait, agitant frénétiquement leurs bras comme seuls les skateurs, en amoureux des formes, savent le faire. Chaque replaque fut savourée et célébrée par une pose alambiquée. Certains fumaient en skatant, d'autres prenaient des photos argentiques pendant que d'autres encore peignaient de gros pénis parcourus de veines violacées. Le skate en tant que mouvement artistique prenait enfin tout son sens.

Nous conclurons sur le Dylan créateur. Car c'est avant tout pour mettre en valeur son pro-model que ce court métrage à vu le jour. Vivant au sein de l'épicentre de la mode, Dylan a convoqué plusieurs tendances pour élaborer son pro-model. La chaussure se nourrit d'influences de Karl Lagarfel, JP Gaultier, John Galliano. Aussi, c'est un coup dur pour le monde de la mode que de se rendre compte que la Dylan de HUF ressemble étrangement à un modèle de Creeks disponible à 29, 99 € chez Eram.



Monday, November 11, 2013

The 11th hour - Où comment le skate britannique regagna ses lettres de noblesse

De la Brit-pop, de la briquette humide et des maigrelets qui roulent sur du gravier, tous les indices semblent confirmer que la vidéo The 11th Hour de Jacob Harris renoue avec le skate britannique et en reprend les motifs qui ont fait ses jours de gloire. Alors que depuis 2-3 ans Palace s'est acharné à dépecer le skate anglais de toute sa poésie déchirante à coups de mauvais gangsta rap, co-branding douteux et autres gros chavs, Jacob Harris a décidé de sonner le glas en braquant sa caméra sur des sujets de Sa Majesté qui ont un œil pour les spots, les pieds rapides et, il est fort à parier, une dentition épouvantable. C'est également avec une bouffée de fierté patriotique et une envie de sortir sa veste LeCoq que l'on peut lire le nom de Sylvain Tognelli sur la jaquette du DVD. Au demeurant, on pourrait appeler cette vidéo "la vidéo Isle", tant le line-up ressemble au team Isle.

Outre ces considérations d'ordre économique, ce qui nous intéresse ici est le fait que la 11th Hour renoue avec la tradition des meilleures vidéos Blueprint ou Landscape. En effet, c'est les joues baignées de larmes et de bières que nos journalistes ont fini le visionnage du DVD, soulagés de voir que le skate anglais pouvais toujours faire preuve de finesse. En outre, depuis une semaine les Kinks et autres Smiths résonnent en boucle dans les couloirs de nos bureaux pendant que nos chers journalistes font la queue devant la bouilloire pour se refaire un thé et adoptent des poses mélancoliques en scrutant la grisaille urbaine ambiante (et les ladies qui la peuplent).

Pub Blueprint, peu avant la chute





Quant aux performances des protagonistes, croyez-le, elles sont plus que louables. Par souci de concision et par flemme, nous nous arrêterons majoritairement sur les parts qui ont suscité le plus de "hourras" et jets de canettes à demi-pleines à travers le département audiovisuel de La Lodge.

Chris Jones nous pond sa première full part. Du fait de sa physionomie singulière, il rentre dans la catégorie des "grands steaks", fait qu'il pallie (transitif direct, sisi) en faisant un usage maitrisé du skate dans le mauvais sens, dit "switchstance". C'est tout de même une certaine gaucherie dans l’exécution de ses manœuvres techniques que nos journalistes ont souligné.

Il est à noter que les parts friends qui ponctuent cette vidéo procurent un bien être non négligeable en ces temps de disette et qu'elles sont admirablement montées sur de la Brit-pop chevrotante. On y retrouve de nombreux acteurs de la scène anglaise (dont Olly Todd) avec une joie et un plaisir proche de l'homo-érotisme.

Vient ensuite la part de Sylvain Tognelli qui s'ouvre avec la high-standard maneuver ci-bas illustrée et la voix de David Bowie. C'est boursouflé d'amour pour sa patrie qu'on ressort de cette part tellement notre représentant national semble avoir saisi les tenants et aboutissants du skateboard de rue. Sa part est parcourue d'une tension parfaite entre performance et invention, le tout filmé entre Berlin et Londres. Nos journalistes furent tellement conquis que certains d'entre eux ont même parlé de reprendre le skate. Ils sont allés finir cette discussion au pub. Close call.
High-standard maneuver


Sir Nick Jensen livre une part majoritairement constituée de lines. Il foule le pavé du bout des orteils, traverse la rue en milieu de line, exécute ses tricks avec la retenue d'un gentleman. Le point fort de cette part réside dans le fait qu'on voit Nick zigzaguer dans tous les sens; cette part fait vraiment partie de celles où l'on voit le skater vraiment skater. Plutôt que des lines ultra rapides et parfaitement orchestrées, on peut apprécier les demi-tours sur un spot, les pertes de vitesses au coin d'une rue, etc.

Enfin, c'est Tom Knox qui conclue la vidéo avec une part qui est un kaléidoscope de ce qui se fait le mieux dans le skate anglais. La dernière part est amplement méritée, aussi est-elle rythmée par de la musique qui donne envie de faire le bien sur Terre. La fin de la part prend une tournure épique où se succèdent les lines composées de hammers sur de la briquette engagée socialement. Tom Knox est un skater très agile qui a le mérite de savoir vraiment tirer profit de chaque spot, en faisant vraiment l'effort de le skater pour ce qu'il est plutôt que d'adapter son répertoire habituel à ce spot. La grande force de sa part est que les tricks qui ponctuent ses lines pourraient presque tous faire office de single, avec séquence et tout le barza.

En conclusion, c'est un message d'espoir que nous livre Jacob Harris : l'Angleterre n'a pas tout dit en terme de skate, et même si Blueprint a été prostitué pour des deniers Américains, même si Palace semble mettre en valeur avec justesse le nombre incalculables de mongoles capables d'acheter des bobs dégueulasses pour £50, il reste toujours des poètes urbains, des amoureux de la briquette et de la canette, prêts à faire claquer le planchon là où seuls de célestes clochards daigneraient s'allonger, canette en main.


Friday, October 18, 2013